LES VITRAUX COMMÉMORATIFS
"Chez les Anciens, Dieu était lumière !
La lumière est matière et le verre est matière.
Et pourtant, la lumière traverse le verre sans le briser.
L'on connut, alors, que Dieu adressait des messages aux hommes.
Mais, pour que chacun d'entre eux puisse les interpréter, on leur donna forme.
C'est ainsi que les images de Dieu parlèrent au cœur de l'homme."
Abbé Suger (v. 1081 / Saint-Denis, 1151)
Mémorial des Origines de la Nouvelle-France
Dans l’église Saint-Pierre de Brouage — Mémorial des Origines de la Nouvelle-France, neuf vitraux canadiens témoignent des liens privilégiés d’amitié qui unissent la France et le Canada dans le souvenir commun des origines françaises du Canada. En fondant Québec en 1608, premier établissement permanent français, dans la vallée du Saint-Laurent, Samuel de Champlain, natif de Brouage, ancrait, définitivement, la présence française en Amérique du Nord, sous le nom de Nouvelle-France. Les vitraux illustrent l’histoire civile et religieuse de la Nouvelle-France dont la mission d'évangélisation issue du grand mouvement de ferveur religieuse propre au XIII° siècle, était indissociable du peuplement. Ils honorent, également, la mémoire de ceux qui ont participé à I’enracinement français dans les Terres-Nouve!les et soulignent la part importante qu’y prit Champlain demeuré dans la mémoire collective : "fils" de Brouage et "père" de la Nouvelle-France. C’est au Père Maxime Le Grelle, arrivé à Brouage en 1970, que revient l’initiative de l'ornementation des baies de l’église Saint-Pierre avec le soutien du Comité du Mémorial de la Nouvelle-France. Très impressionné par I’histoire de la cité de Brouage ainsi que par l'épopée de la Nouvelle-France, le Révérend Père s'appliqua à faire connaître l'une et I’autre, sous forme d’expositions, de conférences et de deux livres intitulés "Brouage, foi de pionniers" (1976) et "Champlain, nous voilà" (1984). Souhaitant poursuivre cette évocation historique que rappellerait la mise en place de vitraux commémoratifs dans I’église, le Révérend Père, au cours d’un voyage au Québec, en 1980, fit part de son projet à Monsieur et Madame David Stewart, mécènes montréalais, très présents dans la vie culturelle, artistique et scientifique du Ouébec, du Canada ainsi que sur la scène internationale. D'origine écossaise, David Stewart, grand collectionneur et philanthrope, passionné par l’histoire biculturelle de son pays, président-fondateur en 1954 de la Société Historique du Lac Saint-Louis et du musée de l'histoire du Canada qu’il fonde, l’année suivante, dans le fort de I’lle Sainte- Hélène, près de Montréal, fut séduit par I’idée. L'année suivante, après avoir obtenu I’assentiment des autorités françaises concernées, civiles et religieuses et, conformément au plan iconographique proposé par le Père Le Grelle, la Société Historique du Lac Saint-Louis et ses partenaires canadiens engageaient la démarche verrière dans ce haut lieu de mémoire.
Style des vitraux de Brouage
L’artiste Nicolas Sollogoub ayant souhaité partager, avec les visiteurs de l'Église-mémorial, les réflexions qui ont inspiré son cheminement artistique, nous sommes heureux de vous présenter le texte qu'il nous a aimablement fait parvenir. "Avant d'entreprendre, en 1980, l'exécution du premier vitrail de l'église de Brouage : "L’Épopée de l'Isle Ste-Croix", premier Établissement français en Amérique du Nord, en 1604 (avant l’arrivée des Hollandais et des Anglais), j'ai fait part à Monsieur et à Madame Stewart de mon intention de visiter les églises de la Saintonge (que j'avais découvertes plusieurs années auparavant) pour bien comprendre l'esprit du patrimoine verrier de la région. Muni de l'itinéraire que l'aimable M. Philippe Borgeot, architecte des bâtiments de France, m'avait aidé à établir et avec la bénédiction du Révérend Père le Grelle, je pris la route en pèlerin. Expérience enrichissante et éprouvante à la fois, car si quelques vitraux datant du XIX° siècle méritent une remise en plomb, d'autres, très beaux témoignages des XV° et XVI° siècles résistent courageusement, non seulement au temps mais à l'action des vandales. Quant à l'église de Brouage, les vitraux d'origine n’ont pas laissé de traces, les baies ayant été obstruées par des parpaings lorsque l'église servit de prison pendant la Révolution de 1789. Par ailleurs, en Nouvelle-France, les premières chapelles étaient construites de façon très rudimentaire, les murs constitués d'un assemblage de rondins de bois à peine équarris, le toit couvert d'écorce de bouleau, à la façon amérindienne, laissait souvent passer ta pluie. Quatre pieux de cèdre fichés dans le sol supportaient quelques planches égossées à la hache, servant d'autel sur lequel de pauvres objets de culte recevaient leur lumière par des ouvertures carrées pratiquées dans les murs. Ici, croyez-moi, il n'était pas question de vitraux, sauf, peut-être l'illusion que donnaient les tons rouge et or des érables avoisinant la chapelle, dans le flamboiement automnal. La sobriété s'imposait donc pour les vitraux canadiens. C'est ainsi que les deux premiers vitraux : L’Épopée de l'Isle Ste-Croix et la Fondation de Québec ont une coloration très simple : bleu pour le ciel. rouge et or pour la forêt. Les tons de plus en plus prononcés dans les vitraux suivants expriment l'avancée du peuplement dans la vallée du Saint-Laurent, le développement des relations entre la France et la Nouvelle-France et la concorde qui s'établit progressivement avec les peuples amérindiens. D’autre part, étant donné le lieu privilégié, Brouage, auquel étaient destinés les vitraux, je décidai de revenir aux sources vives de la Nouvelle-France en transcrivant sur le vitrail, les dessins cartes et gravures exécutés par Champlain lui-même. C'était, à la fois demeurer fidèle à l'héritage laissé par Champlain en Amérique du Nord et le partager avec la ville de Brouage. Les six vitraux que j'ai eu l'honneur et la joie profonde de réaliser n'ont pas la prétention d'être l'expression d'un virtuose des lignes et des couleurs. Ils se veulent simples et vrais comme l'histoire qu'ils racontent. Tous ont été exécutés dans mon atelier de Vendée, au cœur des Laurentides, dans la province de Québec. Je vous remercie de votre attention. N.S.
Comment regarder les vitraux


Descriptif de chaque vitrail
Réalisés de 1982 à 2007, la plupart sous les auspices de la Société Historique du Lac Saint-Louis (Montréal) en collaboration avec ses partenaires canadiens, les vitraux sont présentés selon le sens de la visite. (Cliquez sur les numéros pour en savoir plus sur chaque vitrail)
Le Québec au fil de son histoire
Don du Québec représenté par Mme Diane Lemieux, ministre d'Etat à la Culture et aux Communications.
2001
Nicolas Sollogoub - Designer, Montréal
Vénérable Jeanne Mance ( 1673)
Fondatrice de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu à Montréal
Don de la Fondation Macdonald Stewart
2015
Conception Nicolas Sollogoub, réalisation Jean-François Bordenave, maître-verrier, M.O.F.
Les Origines de la Ville de Montréal, 1642
Don de la ville de Montréal représentée par M. Gérald Tremblay, maire de la ville
2007
Nicolas Sollogoub - Designer, Montréal
L'Epopée de L'Isle Sainte-Croix, 1604
Don du Nouveau-Brunswick représenté par M. Richard Hatfield, Premier ministre de la Province
1982
Nicolas Sollogoub - Designer, Montréal
Hommage à la Cité de Brouage
Classée Grand Site national français
Don de l'Etat français conjointement avec la région Poitou-Charentes, le département, la commune, le Comité du Mémorial et la paroisse
1987
Carton et maquette : Nicolas Sollogoub
Réalisation : Jacques Viviani. Atelier "L'Art du verre", Bordeaux, France
Fondation de la Ville de Québec par Samuel de Champlain, 1608
Don de la ville de Québec représentée par M. Jean Pelletier, maire de la ville
1983
Nicolas Sollogoub - Designer, Montréal
Le Bienheureux François de Montmorency-Laval (1623-1708)
Premier Evêque du Canada et fondateur du Premier Séminaire de la ville de Québec
Don d'un particulier : Mme Simone Guichard
1995
Nicolas Sollogoub - Designer, Montréal
Sainte Marguerite Bourgeoys ( 1700)
Fondatrice de la congrégation des Sœurs de Notre-Dame
Don du Comité du Mémorial de la Nouvelle-France
2017
Jean-François Bordenave, maître-verrier, M.O.F., Bordeaux
Souvenance
L'Ontario au temps de la Nouvelle-France
Don de l'Ontario représenté par M. Robert Rae, Premier ministre de la Province
1991
Stephen Taylor, maître-verrier, Toronto







